Il est 6 h 47. Mon réveil sonne dans huit minutes. J’ai déjà les deux mains dans le pot de crème, la joue gauche tartinée, la droite encore sèche. Ce geste matinal, je le fais depuis onze ans.
On nous vend la routine beauté comme un rituel aligné, avec bougie et musique douce. La mienne ressemble davantage à une course contre le réveil des enfants. Et pourtant, elle tient. C’est probablement ce qui compte le plus.
Ma règle des trois produits, pas plus
Pendant des années, j’ai accumulé. Sérum, essence, brume, huile démaquillante, seconde lotion, contour des yeux, crème de jour, crème de nuit, masque hebdomadaire. Ma salle de bain débordait de flacons à moitié vides. J’ai fini par tout vider dans un carton, un dimanche de septembre, et j’ai compté : trente-quatre produits. Trente-quatre. Pour une seule personne.
Aujourd’hui, il m’en reste trois sur l’étagère du haut. Un nettoyant doux, une crème hydratante, un soin de nuit plus riche. Le reste vit dans le tiroir, en secours. Cette simplicité m’a coûté moins cher, mais surtout moins de charge mentale.
Je sais que certaines trouveront ça triste. Qu’importe.
Le matin, je m’autorise cinq minutes maximum
Il y a une idée reçue qui m’agace profondément : pour bien prendre soin de soi, il faudrait du temps long. Non. Cinq minutes bien utilisées valent mieux qu’une demi-heure bâclée parce qu’on regarde l’heure toutes les trois secondes.
Mon ordre ne change jamais. Nettoyer à l’eau tiède, sécher avec une serviette propre — jamais celle des mains, c’est un détail que j’ai mis des années à comprendre —, puis hydrater pendant que la peau est encore légèrement humide. Ce dernier point, je le tiens d’une dermato croisée dans un train entre Lyon et Paris. Elle m’avait dit qu’elle répétait ça à toutes ses patientes depuis vingt ans.
Après, maquillage. Ou pas.
Sur le maquillage, je n’ai pas d’avis tranché
Certaines semaines je sors sans rien, la peau nue, un peu rouge sur les pommettes. D’autres semaines je m’applique du fond de teint comme si j’allais à un gala, alors que je descends juste chercher du pain. Maquillage ou pas, aucune des deux options ne me rend meilleure que l’autre.
Ce qui m’énerve, c’est le ton moralisateur qui entoure tout ça. « Le maquillage est un masque. » « Le no make-up est un privilège. » On serait toujours en train de trahir quelque chose. Franchement, qui a le temps ?
J’aime un mascara bien noir, un crayon clair à l’intérieur de l’œil pour réveiller le regard quand j’ai mal dormi, et un rouge à lèvres terracotta qui tient jusqu’au déjeuner. C’est tout. Trois objets, et je me sens prête.
Le soir, le vrai enjeu c’est de se démaquiller
C’est là que tout se joue. Pas dans les gestes spectaculaires. Dans le petit rituel de fin de journée.
Quand je rentre tard, quand les enfants ne dorment pas encore à 21 h 30, quand le dîner n’est pas rangé, la tentation est forte d’aller directement au lit. Je l’ai fait. Beaucoup. Et chaque fois, je me réveillais le lendemain avec cette sensation de peau étouffée, un teint gris, les yeux un peu piquants.
Alors j’ai bricolé un système : une lingette douce et un flacon d’eau micellaire posés sur le rebord du lavabo. Rien d’autre. Le raccourci m’a sauvée plus d’une fois.
Les bonnes idées viennent souvent d’ailleurs
Je lis beaucoup. Trop, sans doute. Les magazines féminins classiques m’ennuient parfois, ils répètent les mêmes formules. Mais les blogs indépendants m’apprennent plus de choses concrètes en un article qu’un dossier de dix pages lissées.
C’est d’ailleurs sur cnoelpascher.fr que je suis tombée un soir sur une discussion à propos des habitudes qu’on s’impose sans jamais les questionner. Rien de révolutionnaire, mais une phrase m’est restée : nos rituels ne valent que s’ils nous allègent, pas s’ils nous pèsent. Ça a suffi pour que je réexamine mes trois produits, mes cinq minutes, mon démaquillage minimum. J’en ai retiré ce qui restait par habitude plutôt que par envie.
Le bien-être n’est pas un concours
Je bois rarement mes deux litres d’eau. Je dors sept heures en semaine si tout va bien. Je fais du yoga une fois par mois, pas trois fois par semaine. Et je vais bien.
Toutes ces injonctions — boire, dormir, marcher, méditer, se crémer — finissent par ressembler à une liste de courses à cocher. On n’est pas des tableurs. On est des femmes avec des journées pleines, des imprévus, des moments où la seule chose qu’on peut faire pour soi, c’est dix secondes de crème avant de tomber dans le lit.
Et c’est déjà beaucoup.
